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27 Boulevard du Colonel Aubry
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teaser participer

Les photographies ci-dessous présentent des œuvres du musée qui conservent une grande part de mystère. Nous vous proposons de participer à l’enquête.

BELISAIRE LEDAIN

Pastel représentant Bélisaire Ledain, historien de Bressuire et de Parthenay.
Cette œuvre est signée A. (Alphonse ?) Bousseton 1852, qui demeure un parfait inconnu.
Si vous détenez des informations à propos de cet artiste, nous vous proposons de déposer un message à musees [arobase] agglo2b.fr

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PORTRAIT PRÉSUMÉ DE LA MARQUISE DE LA ROCHEJACQUELEIN

Victoire de Donnissan de la Rochejacquelein (1772-1857) fut l’épouse de l’un des chefs des insurgés vendéens, Louis-Marie de Lescure, qui périt en 1793. Elle épousa ensuite Louis de la Rochejacquelein, frère de Henri, autre grande figure de l’insurrection vendéenne, qui trouva lui aussi la mort en combattant les troupes impériales en 1814. Deux fois veuve, elle traversa les épreuves des guerres de Vendée puis des 100 Jours et en fit le récit tragique dans ses Mémoires. Confiées au Sous-Préfet de Bressuire, Prosper Barante, elles parurent en 1814.

L’huile sur toile (91,5 cm x 72,5 cm)  que nous présentons est entrée dans les collections en 1983 en tant que portrait de la Marquise de la Rochejacquelein. A l’occasion de sa restauration en 2015, plusieurs faits ont posé problème :
Le tour de cou de velours noir recouvre un collier en or.
Les armes de la famille de Lescure ne correspondent pas à celles que nous connaissons : les lions d’or devraient être sur fond de gueule et non pas d’azur. La barre transversale devrait être d’azur et non de gueule.
Les portraits conservés de la Marquise que la famille nous a fort aimablement montrés montrent que Victoire de Donnissan de la Rochejacquelein avait les yeux bleus !
Mais qui est donc cette femme ?

teaser ferriere

Lors de l'exposition du musée municipal de Bressuire consacrée aux trésors monétaires découverts dans les Deux-Sèvres [1], sept monnaies provenant de la Ferrière, lieu-dit situé entre Saint-Porchaire et Bressuire, furent exposées. C’est le seul ensemble monétaire découvert à Bressuire qui nous soit parvenu. C’est pourquoi il nous est apparu opportun de lui consacrer ces quelques lignes.
Ce trésor fut découvert à l’occasion d’une opération de fouilles préventives réalisée en 1994, en préalable à l’aménagement de la RN 149 contournant Bressuire [2]. Menée en hiver sous des conditions climatiques difficiles, cette opération s’est limitée à quelques dizaines de mètres carrés et n’a pu explorer l’ensemble du site. Pour autant, Jean-Philippe Baigl, archéologue de l'AFAN aujourd'hui INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), et son équipe ont mis au jour un ensemble agricole et potier carolingien, structure encore inconnue sur le territoire de Bressuire.

LE SITE
oulesLe site se présente sous la forme de nombreuses fosses aménagées. Certaines contiennent un abondant mobilier céramique et l’une d’entre elles est identifiée par Catherine Ballarin (archéologue, spécialiste de la céramique, INRAP) comme une tessonnière (fosse dépotoir de tessons de céramique) [3]. D’autres fosses contiennent des fragments d’argile rubéfiée pouvant correspondre à des parois d’une sorte de four. D’autres enfin abritent des fonds de vases (50 et 65 cm de diamètre) pour le stockage et la conservation de denrées. Les archéologues ont dénombré près de 483 formes avec 12 types différents. Ce sont en majorité des oules (pots), quelques cruches et plusieurs fragments de poêlons. Certaines oules sont de grandes dimensions et elles étaient probablement utilisées comme vases de stockage, les autres plus petites servaient comme pots à cuire. Quelques unes ont le rebord perforé de deux trous, probablement pour être suspendues. Ce dernier type d’oules paraît être caractéristique des Deux-Sèvres.
Le grand nombre de tessons (17 124), l’homogénéité des types, ainsi que la présence d’éléments rubéfiés, incitent à penser que toutes ces céramiques ont été fabriquées sur place ou à proximité immédiate de la partie fouillée, avec une occupation du site qui fut de relative courte durée.
Les autres éléments mobiliers découverts (trois fusaïoles en terre cuite, des éléments de pierre à aiguiser, des fragments de meule, une agrafe en bronze à double crochet et une hache en fer) sont caractéristiques d’un site agricole carolingien.

LES MONNAIES
A proximité, 13 monnaies d’argent ont été découvertes autour d’une même fosse, légèrement éparpillées sur une surface d’un mètre carré [4]. Il est vraisemblable qu’elles proviennent d’une bourse et qu’elles ont été par la suite étalées par des animaux fouisseurs.
Cet ensemble est composé de 11 deniers et de 2 oboles en argent [5]. L’un des deniers fut émis sous Louis le Pieux (814-840), c’est un denier au temple. Les douze autres furent frappés sous le règne de Charles le Chauve (840-877).
Les deniers et oboles étaient depuis Charlemagne l’unique instrument d’échange officiel de l’empire. Et l’obole, qui représente la moitié de la valeur d’un denier permettait de répondre aux besoins des transactions plus modestes. Ces espèces représentaient en effet un pouvoir d’achat important : on achetait une vache pour 15 deniers.
Malheureusement, bien qu’ayant peu circulé, près de la moitié des monnaies découvertes sont cassées ou très fragmentées et souffrent de cristallisation. C’est pourquoi seules sept ont été présentées lors de l’exposition. Notre propos se consacrera uniquement à celles-ci.

Voici une description sommaire des types de monnaies découvertes [6] :

deniers1 deniers2

Obole (n° 1)
Droit : le monogramme de Charles (K/A/R/O/L/V/S) prend tout le champ. Une petite croix est insérée entre le K et le L.
Revers : + METVLLO. Une croix pattée est au centre du cercle. A l’inverse des deniers, le droit porte le monogramme de Charles et le revers la croix. La légende indique le lieu de frappe : "de Melle" (l’une des plus grandes mines d’argent de l’empire et atelier de frappe monétaire)

Deniers (n° 2, 3, 4, 5 et 7)
Droit : + CARLVS REX FR ; croix pattée au centre d’un cercle grénetis. La légende signifie : "Charles roi des Francs"
Revers : + MET + VLLO ; monogramme de Charles (K/A/R/O/L/V/S).

Denier (n° 6 sur l’illustration)
Droit : + CARLVS RE + FR ; avec une croix pattée dans un cercle grénetis.
Revers : + MET + VLLO, avec au centre le monogramme de Charles (KAROLVS).

La datation au carbone 14 d’un morceau de bois découvert sur le site apporte une fourchette chronologique comprise entre 673 et 878 apr. J.-C. Par ailleurs, on sait que l’atelier de Melle émit ce type de denier entre 840-845 puis à partir de 848. On peut donc réduire la période d’émission entre 840 et 878 après J.-C. La présence d’un "denier au temple" de Louis le Pieux (non visible) et l’absence de monnaies de Pépin II d’Aquitaine permet, selon Arnaud Clairand (expert en numismatique), de proposer une datation probable de 840-845 apr. J.-C.
Cette période correspond à une époque troublée : au milieu du IXème siècle apr. J.-C., Bressuire est située dans la région d’Aquitaine, qui s’étend de la Loire aux Pyrénées. Charlemagne a constitué ce vaste ensemble en royaume. Plus tard, des tensions entre le « parti » de l’indépendance aquitaine dirigé par Pépin II (proclamé roi d’Aquitaine en 838) et les tenants de Charles le Chauve roi de France engendreront campagnes militaires et dévastations. A cela s’ajouteront les incursions des Normands qui prennent Saintes en 845 et mènent un raid en 848 sur Melle.
Les différents éléments découverts à La Ferrière nous permettent d’affirmer qu’il existait à Bressuire au milieu du IXème siècle une structure de type agricole qui était également lieu de production de céramique commune. Et les monnaies découvertes ont rendu possible la datation, vers 840-845 de cette occupation, la plus ancienne attestée ce jour sur Bressuire.

 

[1] Trésors cachés… trésors retrouvés, les trésors monétaires dans les Deux-Sèvres, musée de Bressuire du 7 mars au 27 avril 2008.
[2] Baigl (J.-P.), rapport de fouilles de la Ferrière, DFS de sauvetage urgent, déviation de Bressuire, RN 149, Service Régional de l’Archéologie Poitou-Charentes, 1994.
[3] Ballarin (C.), Une production potière carolingienne à la Ferrière (Deux-Sèvres), bulletin de l’AAPC n° 28, 1999, pp. 42-47
[4] Arnaud Clairand, in Argent caché... et retrouvé, pp. 87-89, catalogue de l'exposition, Parthenay, septembre 2007
[5] Baigl (J.-P.), Clairand (A.), Jeanne-Rose (O.), Trouvailles récentes de monnaies carolingiennes dans les Deux-Sèvres, Bulletin de la Société Française de Numismatique, 1995, pp. 1152-1155.
[6] Nous reprenons la description de M. Arnaud Clairand, op. cit

 

teaser poterie

Saint-Porchaire est aujourd'hui un quartier de la ville de Bressuire. Situé à 4 km du centre ville c'est, jusqu'à la seconde moitié du XXème siècle, un village de quelques centaines d'âmes, entouré de taillis, de champs et de bois. Deux argiles s’extraient facilement, une argile rouge, malléable, plastique, facile à travailler et une argile blanche, kaolinique, moins plastique, plus difficile à travailler et à tourner. L'eau est abondante. Les conditions naturelles sont donc favorables pour créer des poteries. C'est pendant le règne de Charles le Chauve, vers 845 ap. J.-C que datent les premières traces des potiers à Saint-Porchaire.
fragment platAu cours des siècles, ces artisans ont produit des pièces de terre différentes, par leur usage comme par la variété de leur technique de création. L'immense majorité de ces pièces est constituée de poteries utilitaires. Selon la technique de fabrication, il est possible de distinguer grossièrement trois grands types. La céramique commune (IXème – XXème siècles) est une poterie peu sophistiquée avec un décor restreint ou absent. Elle est est généralement employée pour les activités domestiques telles que la cuisson des repas. L' "orfèvrerie de terre" (milieu du XVIème siècle) est une céramique de grand luxe produite pour l'entourage royal mais sa localisation à Saint-Porchaire n'est pas complètement assurée.
assiette calotteEnfin, la faïence stannifère (XVIIIème – XIXème siècles), qui consiste à poser sur une pièce d'argile un revêtement vitrifiable à base de silice et de plomb rendu opaque par l'adjonction d'étain, est un produit de "semi-luxe" au moment où une manufacture est créée à Saint-Porchaire en 1771.
De larges pans de la production demeurent indatables, faute de sources écrites ou de découverte en contexte archéologique bien daté. L'histoire des potiers à Saint-Porchaire reste à faire. Le texte ci-dessous se veut donc être simplement un reflet des connaissances et hypothèses actuelles sur les "pots de Saint-Porchaire".

LA CÉRAMIQUE COMMUNE
pot cuireLes fouilles qui ont précédé la création de la 2x2 voies contournant Bressuire ont révélé en 1994 un établissement rural qui disposait d'un atelier de potier et d'un four qui datent des années 845 ap. J.-C. [1]. Les archéologues ont découvert les tessons de plus de 480 objets en terre cuite [2]. Ce sont des objets de la vie quotidienne fabriqués essentiellement à l'aide d'un tour : vases, pichet, pots à cuire, pots à conserver les aliments... Ils sont en argile blanche, assez fine avec des parois peu épaisses. La majorité sont des pièces de formes globulaire à lèvre large sans anse, que l'on appelle "oule" et qui sont destinées au stockage et à la cuisson (cf article dans la revue HPB du XX).
Quelques unes ont les bords perforés de trous symétriques pour permettre une suspension au-dessus de foyer. Mais pour l'essentiel ces pièces sont destinées, comme en témoignent les traces de suie, à demeurer en permanence dans l'âtre à mijoter et à ragôuter. Les cuisiniers ou plus vraisemblablement les cuisinières de La Ferrière braisent ou font bouillir et semblent rarement rôtir ou frire les mets, d'où la rareté des ustensiles destinés à cet usage : seul un poêlon a été découvert.
pot cuire 1pot cuire 2Les potiers ont créé aussi des petites cruches à bec verseur, des jattes, des bassins à bonde (inédit dans l'ouest de la France pour cette période) mais aussi des jarres qui étaient enterrées et qui faisaient office de silos, permettant ainsi la conservation d'aliments comme les céréales pendant plusieurs mois.
Les pièces retrouvées sont simples mais de bonne qualité. Leur niveau d'exécution exige de l'habileté et un grand savoir-faire. C'est pourquoi il nous semble difficile d'imaginer une production réalisée par un potier occasionnel.
Par la suite, et pour six siècles, les archives comme l'archéologie demeurent muets sur l'existence éventuelle de potiers et de leurs fabrications à Saint-Porchaire.
potPourtant, des objets en terre cuite ont été fabriqués autour de Bressuire, mais où ? A titre d'exemple, le musée de Bressuire conserve une lampe et un flambeau découverts à Bressuire et datés des XI-XIIème siècles. La première est élaborée avec une argile orangée micacée et la seconde avec une argile blanche plus fine. Proviennent-t-il du même atelier qui aurait utilisé plusieurs types d'argiles ?
A ce jour, aucun vestige de four médiéval n'a été découvert dans le village de Saint-Porchaire. En revanche, il est certain qu'il y existait une production de terre cuite au milieu du XVème siècle. En 1445, une quittance de rentes de la fabrique (assemblée chargée de l'administration des biens de la communauté paroissiale) mentionne trois potiers : Jehan Morin, Colas Conin ou Corin et Perrot Combaut, ainsi qu'un "grand four" qui devait être partagé par les potiers. Ce texte tend à montrer qu'il existait une professionnalisation de l'activité de potier correspondant à une demande nouvelle de produits céramiques plus sophistiqués, générée par un dynamisme économique faisant suite à la Guerre de 100 ans [3].
buieCelle-ci s'exprimait par l'instauration de nouveaux usages autour de la table pour les classes aisées. Les ustensiles de bois (coupes, petites tasses) et la vaisselle de cuisson en argile réfractaire (coquemars, pots divers) disparaissent vers les cuisines et sont remplacés par la céramique très blanche aux parois fines La table accueille désormais des céramiques fines à glaçure verte comme la tasse quadrilobée à deux anses décorée d'un liserai de vert, ou encore une petite cruche à usage personnel [4].

pichetLes deux siècles suivants, les potiers de Saint-Porchaire continuent de produire des objets à partir de l'argile blanche recouverte de glaçure verte. Ils semblent même élargir leur gamme. Ils proposent désormais des cruches, des tonnelets et des gourdes. Toutefois, aucune production "artistique", s'il y en eut, ne nous est parvenue. La glaçure qui compose le seul décor est posée à l'aide d'un pinceau ou saupoudrée. A l'intérieur, elle étanchéifie et isole les parois en terre du contact direct avec les aliments. Ainsi les pots ne gardent plus le goût des plats précédents qui y avaient été cuits. C'est un progrès technologique et gustatif, qui perdurera jusqu'au début du XXème siècle.

Durant les XVIIème et XVIIIème siècles, les artisans-potiers de Saint-Porchaire paraissent adapter leurs productions aux demandes nouvelles de la population. Comme en Saintonge, la terre cuite blanche à glaçure verte destinée essentiellement au service du repas et de la boisson semble vivre ses derniers feux. A son tour, elle quitte la table des intérieurs aisés pour être remplacée par la faïence, si belle, si propre avec son blanc éclatant. Elle n'est pas reprise par les intérieurs modestes ni dans les cuisines. Ayant perdu son utilité car résistant mal aux chocs physiques et thermiques, elle disparaît progressivement au profit de pièces moins raffinées (moins pures), mais plus solides. Les potiers semblent se concentrer sur une production de pots à panse globulaire à ouverture étroite qui, dans l'état actuel de nos connaissances ne va guère varier jusqu'au XXème siècle. Aucun n'a été découvert en contexte archéologique et il est assez hasardeux de vouloir les dater. Ces productions possèdent une ou deux anses, avec une paroi épaisse, souvent un bec verseur plat de forme triangulaire et une glaçure verte à l'intérieur. Elles sont peu soignées : les coulures sont fréquentes, l'argile est très chamottée (de gros fragments de dégraissant subsistent dans la pâte) mais elles sont bien adaptées à l'usage auquel on les destine : la cuisson et la manipulation. Il est à remarquer que leur tournage nécessite une très bonne habileté. Ils ne peuvent donc être réalisés par des potiers occasionnels.
Les intérieurs de quelques pots sont enduits d'une couche d'engobe d'argile blanche avant glaçure. Cette technique améliore l'adhésion de la couverte et renforce l'étanchéité du récipient. Elle a aussi pour heureuse conséquence de donner un vert profond et presque lumineux à la glaçure.
vasesaliereA côté de l'écrasante production de pots, les artisans-potiers ont créé des pièces plus variées dont les caractéristiques (type de terre, formes...) nous autorisent à les attribuer aux productions de Saint-Porchaire : lèche-frite (pour recueillir les jus lors du rôtissage), plats circulaires à ailes, poêlons, réchauds, terrine à pâté (signée par un potier de Saint-Porchaire), épi de faîtage et quelques objets énigmatiques dont un ensemble assiette/faisselle ou encore un vase servant probablement de décor d'autel, découvert dans une ancienne poterie.
La quantité de pièces produite est importante puisque l'on dénombre en 1789 dix-sept poteries qui réalisent chacune 8 à 9 fournées par an [5]. En se référant à d'autres régions, il semble que plus d'une demi-douzaine de fournées annuelles représente une charge de travail suffisante pour faire vivre une seule famille. A Saint-Porchaire, au moins 17 familles devaient donc vivre de la production de pots.

petit vaseterrine2Les Guerres de Vendée n'épargnent pas le village. Des ateliers et la faïencerie sont incendiés et plusieurs potiers disparaissent dans la tourmente. Presque tout le village est à reconstruire. En l'An 1801, il n'existe plus que douze poteries [6] et seulement sept en 1860 [7]. Les artisans résistent et tentent de s'adapter encore. Ils utilisent à partir du milieu du siècle le minium, moins toxique que l'oxyde de plomb pour créer la glaçure. On note aussi l'apparition de la couleur orange sous la glaçure, peut-être pour égayer leurs céramiques. Étonnamment, alors que les productions industrielles se répandent dans toute le pays avec leurs produits plus légers, plus colorés et aussi solides, les céramiques de Saint-Porchaire, malgré leur rusticité, intéressent encore des clients au-delà du département. Dans les années 1840-1855, Pascal Godrie qui produit des pots, des réchauds et des assiettes exporte ses marchandises à Angers, Saumur, Malicorne, Vihiers, Brissac en Vendée, Luçon, Fontenay-le-Comte... [8]. D'autres marchands viennent acheter sur place et parfois même investir en louant la poterie et la main d'oeuvre [9]. Mais ces cas restent des exceptions. Le déclin est inéluctable. Et à l'aube de la 1ère Guerre mondiale, ne subsistent que 5 potiers qui se cantonnent à des produits utilitaires d'intérêt local (pots, auges à animaux...). Un seul tentera la création de céramiques artistiques, Gallet, mais il fait faillite au début des années 1920.
Le dernier potier Henri Lheriau cesse ses activités en 1962. Doué pour le tournage de la terre, il crée des tubes à blanchir les légumes, des auges à lapin, des pots de fleurs, des réchauds à braise mais aussi des gargoulettes, des pots à tabac, des paniers, des dînettes pour les enfants, des vases de formes variées.

Qu'est-ce qu'une poterie ?
D'après les archives de la fin du XVIIIème siècle, c'est une une petite maison avec deux chambres basses dont une sert parfois de boutique, une petite antichambre à côté, deux chambres hautes avec un grenier, une loge couverte au rez-de-chaussée et un jardinet. Souvent les espaces de vie et de travail son mêlés. Le four individuel est rare. On suppose qu'il existait des fours communs à plusieurs potiers, ce qui allégeait l'investissement.

Les potiers
Nous avons répertorié à ce jours 171 potiers entre le XVème et le XXème siècle à Saint-Porchaire.
On est potier de père en fils et dans la très grande majorité des cas, propriétaire de sa poterie. La propriété du bien se transmet par héritage et par mariage, par le truchement des hommes comme des femmes. On commence comme apprenti ou garçon potier puis l'on devient potier et/ou maître potier [10]. A côté de ces professionnels existe une population non qualifiée à qui l'on confie des basses besognes ne requérant aucune compétence particulière, en particulier le ramassage du bois et la fabrication des fagots de "fournille" et l'extraction de l'argile des "carrières".
Au XVIIIème comme au XIXème siècle, les plus aisés n'investissent pas dans une autre poterie ou dans l'agrandissement de leur outil de travail, mais dans une ou plusieurs métairies à affermer. Tous gardent donc un lien étroit avec l'agriculture. Le seul investissement pouvant s'apparenter à une fabrication industrielle ou proto-industrielle est réalisé par le seigneur du village, le Sieur de Liniers qui fonde la manufacture de faïences en 1770 ; aventure que nous rencontrerons en détail en troisième partie.
On peut résumer grossièrement près de 1 200 ans de fabrication de poteries utilitaires par une accumulation de savoir-faire qui aboutit à la réalisation à moindre coût de céramiques solides et adaptées aux besoins des ruraux, mais qui ne pourra pas résister aux coups de boutoir des productions issues des révolutions économiques et technologiques du XXème siècle. Dans le même temps, la pérennité de cette activité montre que la production des céramiques utilitaires a constitué un apport économique intéressant pour les populations.

L'ORFÈVRERIE DE TERRE
Bien différente est la problématique relative à "l'orfèvrerie de terre".

Entre 1525 et 1555 environ, des potiers-artistes ont créé pour l'entourage royal et les Grands du royaume (Laval-Montmorency, Louis de Bourbon...) des objets de prestige en terre cuite, parmi les plus compliqués à réaliser de toute l'histoire de la céramique. Il en reste environ 70, dispersés dans les plus grands musées du monde, et Parthenay ! Leur structure est composée d'une argile difficile à tourner, très blanche, très proche de celle que l'on trouve entre Parthenay et Bressuire. Recouverte d'une glaçure épaisse en matière stannifère elle a pris une couleur ivoire. Les décors sont extrêmement fins, inspirés de l'art de la reliure, de l'architecture et de l'orfèvrerie. Les yeux se perdent ainsi parmi les entrelacs et les arabesques composés soit de traits de peinture, soit d'estampages (incisions) que l'artiste remplissait ensuite avec de l'argile d'une autre couleur, l'orange par exemple. Ils étaient réalisés sur des bandeaux d'argile, que l'on appliquait sur la pièce, comme une décalcomanie. Des fleurons, des grotesques, des masques et des angelots posés en applique ajoutaient du volume à la pièce. A la fin de la période de production, les artistes ajouteront des lézards et autres bêtes fixées en applique, comme a pu le faire Bernard Palissy sur ses propres pièces.
L'érudit vendéen Benjamin Fillon est le premier à proposer en 1864 les Deux-Sèvres comme terre d'origine de ces fameuses faïences, plus précisément le château de Oiron [11]. C'est le début de la longue polémique, toujours en cours, sur la localisation de ces fameuses céramiques. En 1888, l'historien de l'art Edmond Bonaffé attribue l'origine de ces faïences à Saint-Porchaire, près de Bressuire [12]. Il s'appuie essentiellement sur des archives de la famille de la Tremoïlle, dont dépendait le village de Saint-Porchaire. En voici 2 exemples. Le premier est issu de l'inventaire après-décès de François de la Tremoïlle dressé au château de Thouars en 1547 : "Dans son cabinet se trouvent 2 coupes de terres de St-Porchaire et une grande bouete plate en carré de deux pieds de long en laquelle a esté trouvé deux sallières de St Porchaire". Trente ans plus tard, l'inventaire après décès de Louis III de la Tremoïlle, fils du précédent, est dressé au même château de Thouars. Il précise "au cabinet de Monseigneur [...] a esté trouvé de la vesselle de terre d'Angleterre et d'autre faicte à Saint-Porchayre".
E. Bonaffé développe d'autres indices assez convaincants [13]. Toutefois, il manque la preuve absolue, la découverte de l'atelier avec ses rejets de cuisson.
Mais, quelque ait été la production à Saint-Porchaire au milieu du XVIème, les écrits attestent d'une renommée certaine. Dans le Guide des chemins de France édité par Charles Estienne en 1552, l'auteur décrit les itinéraires " notables pour la renommée et la fréquentation des lieux". Entre Thouars et Bressuire, il mentionne "St-Porchere beaux pots de terre".
La question demeure aujourd'hui, qu'étaient ces beaux pots de terre ? En reste-t-il enfouis sous le sol du village ?

LA FAIENCE DE SAINT-PORCHAIRE
Deux siècles plus tard, "l'orfèvrerie de terre" est oubliée. La seconde moitié du XVIIIème siècle voit s'affirmer le triomphe de la faïence [catalogue expo musée de B, faiences]. La demande est si importante que tout au long du siècle, des faïenceries voient le jour sur tout le territoire. Dans les Deux-Sèvres, Parthenay est pourvue d'un établissement en 1761, Chef-Boutonne en 1776, Rigné, près de Thouars en 1774 et Saint-Porchaire en 1771.
A cette date, le chevalier François Louis de Liniers, seigneur de la Guionnière et de la chatellenie de St Porchaire est l'homme le plus riche des environs. Par sa condition, il reçoit le cens pour les terres dont il est le seigneur (mais pas forcément le propriétaire). Il possède seize métairies, une borderie, deux maisons dans le bourg et un ou plusieurs fours. Lui appartiennent une partie des terres où l'on extrait l'argile ainsi que les taillis et bois qui fournissent les potiers en combustible. Bien entendu ces fournitures ne sont pas gratuites et comme dans le reste du Poitou, les potiers devaient sans doute s'acquitter de droits d'exploitation. Enfin, M. de Liniers est un entrepreneur puisqu'il fait fabriquer des pots de terre qui sont d'après l'Intendant Blossac, de très bonne qualité.
ecuelleVoulant encore développer ses activités, il fait installer sa faïencerie (vraisemblablement le local et le four spécial destiné à la cuisson des faïences) dans des bâtiments lui appartenant, à la sortie du bourg, au bord du chemin de Noirterre et de Thouars. Il a fait appel à des "bons ouvriers", certains dotés d'une expérience dans la fabrication de faïence. Vraisemblablement des faïenciers de Nevers [14]. Charles Merle a noté plusieurs homonymies entre des ouvriers de Saint-Porchaire et de Nevers. Michel Boyer par exemple, qui semble avoir dirigé la manufacture jusqu'en 1782. Les assiettes à émail blanc et les autres à "cul noir" (revers recouvert de manganèse) que l'on attribue généralement à Saint-Porchaire pourraient avoir été fabriquées durant cette période.
Fabriquant lui-même de pots, M. de Liniers a dû ressentir les conséquences néfastes pour les potiers traditionnels de l'essor de la faïence qui retirait aux ateliers ruraux la clientèle bourgeoise et aristocratique [15] [J. Chapelot pour le Rochelais.] La création de la faïencerie a pu être la solution, pour conserver ses revenus ou encore pour développer de nouveaux marchés.
Aristocrate éclairé, M. De Liniers semble également avoir voulu faire acte d'intérêt général. Dans une supplique adressée au Conseil du Roi en 1777 il fait écrire [16] : "Il y a environ 6 ans, la cherté des grains ayant occasionné beaucoup de misère parmy le peuple, le suppliant, pour faciliter aux habitants de ce bourg qui estoient sans ressources les moyens de subsister et d'élever leur famille, entreprit d'y établir une manufacture de fayence [...] Il a réussi par là à occuper et à faire vivre un grand nombre d'habitants qui auparavant languissaient dans la pauvreté". Il est vrai qu'il y eut des crises frumentaires dues à des hausses du prix du blé en cette période.
Malgré l'installation d'un concurrent sérieux à proximité (Rigné), la faïencerie fonctionne en s'appuyant sur la main d'oeuvre locale et extérieure dont quelques faïenciers de Nevers... D'après l'Intendant Blossac, ces faïences sont de mauvaise qualité. Mais nous ne les connaissons pas.
A la veille de la Révolution, l'établissement et les poteries occupent plus d'une soixantaine de personnes dont une vingtaine d’ouvriers, selon les normes de l’époque. Mais, pendant les Guerres de Vendée, la faïencerie est pillée et brûlée ainsi que ses archives. Elle est confisquée à De Liniers, pourtant partisan de la Révolution à ses débuts, avec ses autres propriétés parce qu'il a émigré à l'étranger. C'est le début d'une succession d'achats et de reventes. Un des propriétaires les plus notables est Jacques Aubin, un avoué bressuirais, qui tente à partir de 1821 de relancer la manufacture. Il procède à plusieurs essais qui sont conservés aujourd'hui au musée de Sèvres. Mais c'est un échec. En 1836, le marchand faïencier de SP Gédéon Gauvain rachète l'affaire et la garde jusqu'en 1854, année de fermeture de l'établissement.
Trois types de productions céramiques, du savoir-faire et de l'excellence, 1200 ans de création, quelques traces ténues dans le sol, de rares archives, quelques pièces dans les musées. Malgré les efforts de B. Fillon, E. Bonaffé, C. Merle et bien d'autres, la longue et riche histoire des potiers de Saint-Porchaire demeurent encore largement ignorée. De belles pages doivent encore être écrites. Nous espérons que des découvertes archéologiques, des rencontres permettront d'enrichir le corpus et nos connaissances...

[1] J.P. Baigl, Rapport de fouilles de la Ferrière, DFS de sauvetage urgent, déviation de Bressuire,RN 149, Service Régional de l'Archéologie Poitou-Charentes, 1994
[2] C. Ballarin, Une production potière carolingienne à la Ferrière (Deux-Sèvres), bulletin de l'AAPC n°28, 1999, pp.42-47
[3] Alain Champagne, L'artisanat rural en Haut-Poitou, milieu XIV-fin XVIe siècles, P.U.R., 2007
[4] Jean Chapelot (dir.), les potiers de Saintonge, huit siècles d'artisanat rural, éd. Musées nationaux, 1975
[5] Archives Départementales des Deux-Sèvres, rapport du Préfet Dupin 6M510
[6] Op. Cit.
[7] T. Lukomski, Petit dictionnaire statistique et historique des communes du département des Deux-Sèvres, Niort, 1858-1860]
[8] Archives privées
[9]Le 22 juin 1802, les marchands saumurois Etienne Chevalier et Florent Richard fournissent au potier Pierre Brouanssard une maison, une poterie, la terre, le plomb et le bois en échange de la vente de sa production de 8 fournées par an pour un prix en dessous du marché, A. D. Deux-Sèvres, 3E11289
[10] Les textes ne permettent pas de distinguer les nuances entre ces deux termes
[11] Benjamin Fillon, L'art de la terre chez les Poitevins, Niort, 1864
[12] Edmond Bonaffé, les faïences de Saint-Porchaire, Gazette des Beaux-Arts, T13, 3e période,Paris, janvier 1888 et T.15, 3e période, janvier 1896
[13] Op. Cit
[14]Charles Merle, Itinéraire d'un historien bressuirais, HPB, 2003
[15]Jean Chapelot, Op. Cit.
[16]Archives Nationales, F12 1497B

Toutes les photos sont prises par le musée et tous les objets appartiennent au musée sauf la terrine Godrie (dépôt du musée Henri Barré de Thouars).

teaser allegorie

En 1972, l’école de musique de Bressuire offre au musée de Bressuire une peinture décrite ainsi sur l'inventaire : « un grand tableau anonyme représentant Ste-Cécile, de la fin du XIXème siècle ». L'oeuvre d'une belle dimension (H. 140 cm ; l. 84 cm) est remisée dans les réserves du musée puis dans les greniers de la mairie où elle demeure ignorée pendant 35 ans.

A l’occasion d’une visite de routine dans les greniers de la ville en 2008, le conservateur du musée repère cette oeuvre d'une belle facture. Une marque de doigt incrustée dans la toile témoigne d'un transport maladroit, une déchirure indique qu'elle a été posée sur l'angle d'un meuble, des éraflures, de nombreuses salissures et des repeints successifs dénaturent la scène et la beauté de la jeune femme. Bien que datée du XIXème siècle, son thème et sa facture rappellent des périodes antérieures. Au regard de son intérêt, il est décidé en 2012 de confier sa restauration au restaurateur Xavier Jallais, de l'atelier Verre-Jade situé à Morthemer [1]. Les travaux se déroulent pendant près d’une année au sein de l’atelier du Centre de Conservation et de Restauration des Peintures et Arts graphiques des musées de Niort. Nous appuyant sur son travail remarquable une enquête au coeur des archives et des bibliothèques nous fait découvrir quelques bribes de son histoire. C'est cette quête qui est contée dans les lignes suivantes.

allegorie 1La peinture avant restauration allegorie 7L'Allégorie après restauration
   
allegorie 2
Exemple de déformation de la
toile qui a engendré le soulèvement et la disparition de la couche picturale
allegorie 10Lacunes allegorie 9Le restaurateur Xavier Jallais comble une lacune au sein de l'atelier du Centre de Restauration et de Conservation des Peintures & Arts Graphiques des Musées de Niort allegorie 6Visage débarrassé à moitié de son ancien vernis
       

allegorie 11Le phylactère avant nettoyage
et bouchage des lacunes

allegorie 3Le tableau sous lumière ultra-violette révèle de nombreux repeints (tâches sombres) allegorie 5Après examen de la toile aux UV qui permet e discerner les couches picturales anciennes (en bleu) le repeint(gauche) est rectifié (droite) allegorie 4
Ajout de bandes de tension aux bords de la toile qui ont été coupés, vraisemblablement pour la faire tenir dans son cadre actuel


L'artiste a représenté une jeune femme assise seule, sur un nuage, dans un ciel plombé. Elle tient une lyre et un plectre mais ne joue pas. Elle a les yeux tournés vers le ciel qui semble menaçant. Ses cheveux sont soulevés par le vent. Le spectateur a l'impression d'être face à une sorte d'arrêt sur image, comme si quelque chose allait se produire.

Cette impression est due, nous semble-t-il, à un ensemble de caractéristiques qui s'apparente davantage au réalisme baroque qu'à l'idéalisme classique.

La scène est construite en pyramide irrégulière. La composition nous emmène naturellement vers les yeux de la jeune femme, au deux-tiers de la hauteur du tableau. Ses vêtements au large drapé avec un grand noeud sont amples et forment de grandes courbes qui traversent une partie de l'espace, générant une impression de mouvement malgré la position statique de la jeune femme. Ses cuisses sont très longues, suffisamment pour porter la lyre, toucher l'angle du tableau et mener l'oeil du spectateur sur la droite, presque jusqu'à sortir du tableau. Cette légère déformation physique met en valeur l'instrument et apporte une touche de dynamisme supplémentaire au tableau. Les couleurs bleue blanche et rouge composent une gamme froide en même temps qu'elles participent à détacher le personnage du fond, comme une sorte de perspective. L'impression de froideur ou de détachement de l'ensemble est contrebalancée par la sensualité de la mèche de cheveux qui retombe dans le cou et le léger décolleté. Celui-ci permet d'apprécier la belle et fine carnation du personnage dont le visage exprime une émotion de surprise ou de ravissement.

Les yeux tournés vers le ciel évoquent, selon les conventions artistiques des XVIème et XVIIème siècles qui seront reproduites jusqu'au XIXème siècle, soit l'extase mystique pour les tableaux religieux, soit le ravissement pour les peintures profanes. En somme, la jeune femme perçoit des "choses" qui dépassent la raison et notre univers de terriens. Elle est assise sur des nuages et le modèle de lyre peint ici n'a jamais existé car il ne fonctionnerait pas sur terre. Est-ce donc l'instrument de Dieu ou dieu de la musique Apollon ? Comme la jeune femme n'est accompagnée d'aucun symbole religieux (pas d'auréole au-dessus de la tête) et que la lyre est un instrument plutôt profane, il semble bien que ce monde extraordinaire appartienne à l'univers profane.

Mais qui est-elle donc ?
Cette oeuvre n'est pas un portrait, aucun blason ou titre ne nous est donné pour l'identifier. En revanche, le peintre a agencé entre eux des éléments symboles (la lyre, le vent...) et des attitudes (les yeux...) dont la combinaison peut nous aider à comprendre la scène. Cet agencement semble former une allégorie, c'est-à-dire un moyen qu'emploie l'artiste pour faire naître et communiquer des pensées spirituelles, des idées abstraites à l'aide de figures symboliques et de personnages mythologiques. Dans cette hypothèse, la lyre fait référence à Apollon le dieu musicien par excellence, le vent à Zéphyr messager des Dieux, intermédiaire entre les cieux et les hommes. La jeune femme est peinte sur des nuages et non pas sur les hauteurs du ciel (l'Olympe). Elle n'est donc pas une déesse. Le long phylactère porte une partition et une phrase latine qui fait référence au poème de Lucrèce (IIème siècle av. J.-C.) dédié à Venus : De Natura Rerum. Il est écrit : "SVM DIVUM HOMINVM QUE VOLVPTAS" c'est-à-dire "je suis le plaisir des Dieux et des Hommes". La musique apporte donc du plaisir aux dieux et hommes. Davantage, elle crée un lien entre les humains et les Dieux, ce que confirme la position de la jeune femme, entre ciel et terre. Cette puissance de la musique dépasse la condition humaine et par son truchement, elle peut permettre aux hommes de dépasser leur condition. L'Allégorie de la musique de Bressuire est donc une représentation somme toute traditionnelle d'un des Arts Libéraux qui formaient au Moyen-Age le trivium (grammaire, rhétorique dialectique) et le quadrivium (arithmétique, musique géométrie et astronomie). Ce type de représentation qui fait référence au Moyen-Age et à la mythologie est très prisé au XVIIème siècle.

Mais nous venons de faire référence au XVIIème alors que cette peinture est décrite lors de son arrivée au musée comme ayant été peinte au XIXème siècle. Pourquoi ? La restauration de la peinture qui passe par un examen attentif de ses composants et des techniques employées, nous apporte des informations décisives : la trame de la toile indique une fabrication du XVIIème siècle et la couche de préparation sous la peinture est rouge, conformément aux habitudes du temps. Le thème comme les techniques employées nous orientent donc vers le XVIIème siècle.

Des comparaisons sont-elles possibles ?
Deux soeurs de notre allégorie sont passées aux enchères, malheureusement anonymes : l'une à New-York en 2012 et l'autre à Paris en 2014. Très proches, elles diffèrent cependant par la présence d'un oiseau au-dessus de la jeune femme, vraisemblablement un rossignol, qui fait souvent référence à la poésie lyrique. Ce thème est donc relativement courant.

allegorie 8Une piste nous est fournie par une estampe gravée par Vermeulen d'après un dessin du peintre Pierre Mignard (1612 -1695). C'est une allégorie de la musique. Elle est utilisée comme frontispice pour un recueil de pièces de clavecin de Henri d'Anglebert (1629-1691) paru en 1689. Et plusieurs points communs sont immédiatement décelables : la chevelure est très proche de notre allégorie, un oiseau survole la jeune femme, le phylactère porte un texte identique et la lyre est la même que celle figurant sur les peintures.

On peut donc imaginer que l'oeuvre de Bressuire est inspirée par le dessin ou par la gravure de Mignard. Son créateur, de grand talent, appartenait peut-être à l'entourage de Mignard.

Ce n'est pas une toile de chevalet !
Le démontage de la peinture a démontré que les bords de la toile ont été rognés, laissant à penser qu'on aurait réduit légèrement la taille de l'oeuvre pour la fixer sur un châssis. Or, aucune trace de châssis n'est visible sur la toile : elle n'est pas marquée, comme on le constate souvent lorsque la toile épouse au bout de centaines d'années la forme du châssis en se tendant et se détendant.
La toile a donc été très longtemps sans châssis, mais plutôt reposant contre une face plane et régulière, par exemple une boiserie.
Le cadre datant du XIXème siècle, on peut supposer que l'oeuvre a été modifiée pour être enchâssée dans ce cadre.

Avant cette transformation, l'Allégorie devait donc être une peinture posée sur une boiserie, comme cela s'est beaucoup pratiqué aux XVIIème-XVIIIème siècles pour orner les cabinets de musique ou de travail de riches érudits. On pense ainsi au cabinet parisien de Jacques le Destin (1597-1661) qui fit représenter les septs arts libéraux. Peut-être notre Allégorie de la Musique a-t-elle des soeurs en Allégories conservées quelque part...
Cette oeuvre savante et séduisante peut être découverte au musée de Bressuire depuis juin 2015.

[1] Xavier Jallais a présenté son travail à l’occasion de la Nuit des musées qui s’est déroulée au musée le 16 mai 2015.

L'Agglomération du Bocage Bressuirais

Située au Nord ouest de la Région Nouvelle Aquitaine et des Deux-Sèvres, au carrefour de la Vendée, de la Loire-Atlantique et du Maine et Loire, la Communauté d'Agglomération du Bocage Bressuirais (33 communes, 76 452 habitants) est présente dans de nombreux domaines de la vie quotidienne : transport, urbanisme, assainissement, déchets, développement durable, économie, enfance, personnes âgées, culture, bibliothèques, salles de spectacle, conservatoire de musique, musées, centres aquatiques, tourisme...